Naïade

Désorienté par le désir je chevauchais la vallée de ta beauté paysanne.
Tu me dardais ton aura médiévale avec les fleurs sauvages que tu te caches dans l’âme.
Le ruisseau cristallin de ta voix de chorale faisait vibrer les fibres fragiles de mon âme.
Elles s’échappaient de ta viole de gambe en craquant le galbe de ton extase animale.

Nous avions d’abord fait la danse des mains et puis le voyage du tram.
Je croyais encore avec Guitry que le meilleur c’était de monter les marches de madame.
Je garderai toujours à la mémoire le plaisir étonnant des corps que nous nous donnâmes.

Ils était denses, forts et collants.

Au réveil j’ai touché du bois en touchant ma gueule de bois.
Nous avons arrosé nos corps d’eau tiède et fumer l’émeraude.
L’esprit en pépiements nous sommes repassés par la chambre.
Le chien de la lune nous soufflait les mots du vrai vacarme.

Tu m’as fait du café brûlant.
J’ai pensé que tu étais sucrement belle.
Je te racontais toutes ces choses marrantes qui n’ont pas de sens.
Nous sommes repassés par la chambre.

L’épuisement me rendait contemplatif comme une église.
Je regardais les passants passer : une voiture se gare, une autre klaxonne.
Une famille africaine passe pleine de bonheur et le garçon émerveille l’ambulance.
Quelques personnes remarquèrent la grâce qui s’échappait du balcon du troisième étage.

Elles était lourdes, parfaites et voilées.

Les nuées étaient immobiles on attendait les premières gouttes de pluies depuis Décembre.
Je t’ai dit que ce qu’on avait vécu était extraordinaire et que j’avais du mal à redescendre.
Nous nous sommes préparés pour sortir puis nous sommes repassés par la chambre.

Nous sommes sortis dans la soirée de Saint-Gilles.
Nous avons bu un verre de vin rouge en mangeant un plat arabe.
Nous nous sommes embrassés pour se dire goodbye.
L’idéal de la poésie est ce qui parle.

 

Naïade

Daoud

J’ai passé l’après-midi avec Daoud,
Un ami du Djibouti qui s’éteint et s’illumine devant l’église Sainte-Catherine.

À midi je me réveille chez Estelle,
Je ne rêvais pas c’était des pensées folles en inconscience fragile.

À midi quart va pour le café froid,
J’apprends le Brexit et me moque de l’empire Britannique.

À midi et demi je sors vers la vie,
J’ai des cloches de mes nouvelles anciennes chaussures,
À deux euros la paire.

À midi quarante-cinq j’arrive à Madou,
Vendredi 24 Juin 2016,
J’apprends la grève des transports.

Avec deux euros en poche,
Je marche comme je peux vers la ville,
En ce jour d’une fraîcheur bleue, de vent gris en trottoirs jaunes.

Je connais quelques commerces arabes,
Je demanderai crédit parce que c’est la vie si Dieu le veut.

Une crêpe marocaine rue Jardin des Olives,
Adel est de mauvais poil : il jeûne, il galère, il est seul.

Je vais sur les marches du soleil,
Je demande du tabac à des clochards et fume comme une madeleine.

Daoud

Freud

J’ai pris l’autoroute de ton corps,
Esprit métisse,
Colorié sur ses contours,
Quelques quart d’heure de caresses.

Décodé par quelques drogues,
J’usais de la couleur de l’amour.

J’aimais,
Garnier Fructis,
Les goutes qui perlaient à tes boucles.

Venus In Furs
Vaudou de vanille
Perchée à Paris
Ethnopsychiatrie

J’allais,
Universal,
Déchirant le réel du Parc Élisabeth,

 Amène-moi au lendemain de ton lit,
Dans le taxi rare de l’ecstasy

Transforme-moi en chocolat,
Cheval d’argent,
Chevauche mon bel esprit,
Attèle-le à ton corps.

 

Freud

ALBIN

Albin est une chanson, Albin est un tango
Albin est Charlie, Albin est Bravo
Albin est merci, Albin est pardon
Albin je t’aime, Albin du Quesne.

J’ai rencontré Albin dans l’automne anglais de mon adolescence,
C’était dans un vieux café Belge rue de Tongres un bon dimanche,
Je revenais de chez ma grand-mère qui habite les Ardennes flamandes,
Il y avait Matthias et Alexandra celle qui aimait bien hocher des hanches.

Il y avait des tables dans la fumée et du velours sur les chaises
La serveuse était probablement roumaine, bulgare ou polonaise,
Je commandais une blonde pour moi-même et une autre pour la peine,
Il était question des paraboles du Christ sur les vierges qui veillent à peine.

Ses Pall Mall étaient longues et son pain blanc coupé en tranche,
Celui qui se faisait appeler Napoléon venait dans le café faire sa ronde,
Et même le caniche se tut quand il fut promptement ramener au monde,
Par un cri de fureur qui aurait figé le sermon d’un évangéliste le dimanche.

On partit chercher de l’alcool au White Night de Montgomery,
Prîmes juste assez pour ne plus avoir de pièces de monnaie en poche,
Dans son atelier il y avait une table longue et des chaises pour nos esprits,
Et partout il y avait des portraits de jeunes fantômes éclairés à la lampe de poche.

Quand il s’effondrait par terre rejoint par la discrète Dorothée,
Matthias le pirate, mon portrait et moi prenions le large pour improviser
Je le perdais un peu plus tard car suite aux verres d’alcools j’étais trop déchiré,
Nous titubions comme des matelots qui auraient survécus à une tempête adorée.

Je l’ai cherché pendant l’hiver qui suivît je me le rappelle encore,
J’étais à Sainte-Catherine voilée malgré son marché de Noël pour mort,
Avec une princesse blonde qui portait des caches-oreilles blanc neige – Salomé,
Elle était bourgeoise d’une variante de beige comme toutes les filles qui m’ont renié.

Maintenant Albin est un ami, un collègue et presque un père,
Quand on se rencontre on prend un café ou bien une cannette de bière,
Qui coûtent peu chère chez le Portugais café-goute en face du bar Le Tigre,
Ou chez le Pakistanais aux canettes colorées et samosas qui de néon en néon émigre.

Il m’offre une pièce Anglaise, une bague ou une écharpe magique,
On parle de lions de léopards de lys Oh! toute l’héraldique numismatique,
On s’amuse avec les militaires parce que les pauvres n’ont pas de menottes,
On se regarde droit dans les yeux on s’esclaffe on se donne des répliques idiotes.

Je pense que nous sommes nécessaires mais je crains le pire,
Même les Arabes du bled nous sourient comme des dattes blettes,
Un enfant s’est arrêté pour nous regarder et apprendre à mieux grandir,
Les jolies filles s’électrisent comme des biches sylvestres face à une menace directe.

Albin est une chanson, Albin est un tango
Albin est Charlie, Albin est Bravo
Albin est merci, Albin est pardon
Albin je t’aime, Albin du Quesne.

ALBIN

TRAM 51

Loin, loin de moi, loin de moi ce reflet !
Juste la beauté du temps qui a érodé un visage,
Être tellement beau – qu’on en devient transparent,
Qu’il n’y ait que d’autres histoires dans la lumière jaune du soir,
Qui nous embrassent comme un homme une femme et nous pardonnent comme des pierres.

Mal, j’ai mal, j’ai mal au coeur !
Comme mon corps se meurt d’être si plein de fatigue et d’amour
Je marche, mais je boîte, mais je meurs…
Ô cafés, ô cigarettes et tant de regards aux alentours :
La terrible barbarie d’être sûr de soi en veston suave.

Parle, je te parle, je te parle de moi !
Sans pleurs, sans hier, sans soir,
Comme le tram qui traverse le désert et s’arrête à la fontaine…
Et te voilà, sans peur, sans fard, sans terres,
Et tu t’annonces terrible comme un lendemain de joie.

Au bout, au bout du poème, au bout du poème des heures…
Je n’ai jamais consenti à être condescendant.
La critique me fait l’effet d’une salle de cinéma vide devant un film muet,
Je le jure, que je peux être l’amour d’un homme, d’un homme sans père,
Pour une femme sereine et sauvage.

Tout, tout le plaisir, tout le plaisir est pour moi !
Si je me crois dans un film ? –  Peut-être.
Oui j’aime le travelling, les figurants et l’élégance.
Mes yeux, mes mains, vos marches, vos chiens, tes joues, ta vie
Ce métro pour un million, des poussettes pour des géants, un samedi sans télévision.

Grâce, grâce à quoi, grâce à quoi je tremble ?
Mais beaucoup de marches, de nages, de siestes,
Beaucoup de prières et beaucoup d’argent !
Assez pour une belle journée de bistrot en libraire en clochard.
Et demain ? Demain je retournerai marcher les villages sans charme.

TRAM 51