Trois Imaginations (2015)

I.

D’un bleu affable et sans vergogne sa chemise s’était mise à se déboutonner. Elle était rêveuse. Il lui semblait que sa langue pendait comme une glotte et qu’aucun doigt ne lui aurait fait recouvrer ses lèvres. Dans sa nudité ingénue elle se laissa choir, comme un mouchoir sur un matelas. Et quand enfin elle se releva, elle vit que le monde s’était évaporé à cause du monochrome qu’elle portait comme parfum.

II.

La brise brillait dans l’âtre à contre sens de la cheminée, ravivant certaines flammes qui déjà s’étaient oubliées. Quand nous nous revîmes au salon le matin au milieu de la vie d’un petit-déjeuner qui nous attendait, dans la fatigue innocente d’une nouvelle journée, la bûche solide de la veille n’était plus qu’une mousse blanchâtre et fragile.

III.

L’abat jour beige à côté des fleurs blanches desséchées, s’étant vu baigné un instant par la chaleur velouté d’un rayon de soleil hivernal, nous rendît inapte à toute parole supplémentaire, de ce qui devrait être une conversation, sur où possiblement pouvait se trouver, ton deuxième bas, que j’avais délicatement arraché la veille au soir.

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Trois Imaginations (2015)

Trois Solitudes (2015)

I.

Probablement qu’une femme est encore en enfance à l’heure où je parle, se métamorphosant péniblement en une lenteur qu’on ne pourra jamais vivre, le long de printemps de rues en fleurs et de premiers fourmillements dans le bas du ventre. Plus tard, beaucoup plus tard, dans une pointe d’hésitation infime, sur sa fraîcheur qui décline, je la recueillerai dans ma jouvence à moi, beaucoup plus lente, beaucoup plus stable et ensemble on enfantera de nouvelles tables, de nouvelles promenades et peut-être bien même de nouvelles gares de campagne.

II.

Les hérons sont de retours, leurs silhouettes en flèches rasent les toits et percent les fines pellicules de mes écarquillements. Les avions, dans le ciel profond et large, font leurs courbes habituelles avec un peu plus de grâce. Les arbres reflètent l’or verdâtre en stratifications de branches sur un fond bleu mars, cet à dire que tout paraît plus brillant et fragile et même un peu écoeurant dans l’attente des vrais soleils, des cris d’enfants et des trams d’où l’on sortira chaloupant !

III.

Les volutes de tes cheveux et notre tendresse partagée m’inspirent de grands désirs. Mon cœur s’épanche chaleureusement en Victor Hugo des Contemplations et je pense sans cesse aux choses qu’on ne confesse : on serait plusieurs, les vapeurs m’en montent aux tempes, et libres et beaux, les mâles que nous sommes aimeraient la femme que vous êtes et nos sexes et nos peaux se caresseraient en de cris nouveaux. Laissez-moi boire dans la coupe de votre corps toutes les salives de vos rivages. Je m’évanoui presque en extase aux pensées qui m’envahissent : je veux vous voir ce soir, que mon pénis me trahisse et qu’on en finisse avec ces regards d’enfant interdit.

Trois Solitudes (2015)

Trois Acidités (2015)

I.

Qui niera l’amertume de ce siècle où l’ennui était intolérable ? Les enfants se virtualisent dans des connections inouïes; ce kodo que je chevauchais était plus réel que la pluie. Dans l’absurde de la famille je me suis découvert des envies qui dépassaient les écluses d’être diverti. C’était la puissance d’être triste, d’être dans le corrosif de mes souvenirs inassouvis. Maintenant j’attends les joies de la magie de la ville brassée, à l’histoire perdue… Il n’y a que l’eau qui reste fraîche et encore, je n’ai pas toujours le courage de me débarbouiller… A votre énergie je reste miroitant, et tant soit la verve du fini, mes amis !

II.

Je suis sur la pente vertigineuse des jolies filles qui reconnaissent en moi une plaisante force. Jamais je n’ai entendu de mélancolie aussi modeste et je me promets de retenir ceci : que la drogue est dulcinée aux abysses de nos ressentis. Qui est cette discrétion qui me rend curieux ? Quand ce n’est pas l’or de la foule ce sont ces grandes lumières bleues. J’ai décidé de ne pas céder à l’ennui et ce fût facile. Qui est ce démon qui se joue moi ? Je patiente simplement pour ce quart de lune pastille bleue et l’avenir s’étend radieux : la foule calmée appelle la sympathie des Dieux. Rions encore une fois aux garçons qui épluchent ma réciprocité et des filles qui ne dansent qu’à moitié, de biais en biais.

III.

Ni les anges ni les mages ne s’imaginent les propositions délavées que la vie m’impose. C’est kamikaze d’écouter ces vies délacées et trébuchantes d’acceptance encastrée. Ne supportons plus les moratoires sur les personnes âgées. Être mort est tellement plus beau que de s’accompagner du passé alambiqué de nos rêves perdus, et je crois en la survivance de nos extravagances dans l’espace résonnant. Ne cédons pas aux bijoux de la durée, tant que rien ne dure plus que la rançon temporaire de l’inconnu… Pensons aux charbons qui ont tant brûlés dans les maisons ouvrières et la chicorée des courageux, sur lesquels danse aucune mémoire mais un certain atavisme… Paix aux avenirs amusés et amuse-gueules des tyrannies à venir !

Trois Acidités (2015)

Miscellanées 2014-2015

I.

Qui aurait cru notre rupture si assassine ?
Ma petite fraise des bois que je dulcine
Dont j’égaye les contraires de jeux absurdes :
Des tulipes turques puis des robes kurdes !

Mille enfants qu’on aurait eu ensemble,
Recréant le paradis perdu sur terre.
C’est la discorde nerveuse et j’en tremble.
Et nos pommes sont devenues des pommes de terre.

II.

Dans les timbres des trompettes de couleurs nouvelles
La sensation déversée d’être au bout d’un cycle
Qui n’a ni fil ni sens : un condensé conique
Avec dans sa pointe une conscience plus que rebelle

Quel sommeil adopté par un repos pareil ?
Une fatigue chronique jaillira nécessairement
Dans les minuscules muscles de cet appareil
D’où sort le tremblant surplomb d’éveil et d’argent.

III.

Dans les transports en commun sa joie sereine imprégnait les visages au tour de lui – c’était l’hiver de grâce et personne ne mourrait. Sa voix était suave comme un fruit qu’on fumerait et ses pensées – un ballet de danseuses évanescentes.

IV.

La vie longe mes bras pleins de songes :
Nous sommes que le présent, criais-je, distant –
Et déjà l’écho me faisait comprendre que non.

V.

Le hennissement que me révéla le cheval était en correspondance exacte avec un bruit qui m’était encore inconnu, mais que j’avais déjà entendu dans un rêve, comme le couinement matinal d’un chien ressemble à s’y méprendre avec les charnières d’une grande porte qui grincent.

VI.

On communique grâce à des satellites en orbite,
Dans les rames réfrénées les langues se mélangent
Au gré des conversations téléphoniques.

Là-haut dans les espaces intergalactiques on s’agite :
Une sonde robotique vient rendre visite à une comète
A quelques quarante-deux millions de kilomètres.

Je viens des Flandres et le réalise pleinement maintenant.
J’ai cette enfance, ces visites du dimanche, le couteau électrique,
La télévision, le thermos, les mouches et la nappe en plastique

VII.

A mon tour
Je veux voir le monde
Comme personne ne l’a jamais vu

Je n’irais pas aider
Je n’irais pas croire
J’irais – simplement – voir

Celui qui observe le mieux
Est celui qu’on croit distrait
Et je n’irais pas loin de l’ordinaire
Pour rire en coin, en l’air, par terre.

Retenir une phrase sortie à la volée
Dans une langue étrangère
D’un ton tout à fait banal
Un soir de carnaval
D’un jeune homme déguisé
A une femme vénale
Dans un village berbère.

C’est là quelque chose d’assez régulier.

VIII.

Dans un fauteuil
Sous une couverture
Dans un camion
Sous un pont
à côté d’un cirque
Au bord d’un canal

Où l’on danse au loin.

Nos soucis esthétiques,
Nos psychotropes,
Nos spectacles,

Sans public.

Miscellanées 2014-2015