Trois Acidités

I.
Qui niera l’amertume de ce siècle où l’ennui était intolérable ? Les enfants se virtualisent dans des connections inouïes; ce kodo que je chevauchais était plus réel que la pluie. Dans l’absurde de la famille je me suis découvert des envies qui dépassaient les écluses d’être diverti. C’était la puissance d’être triste, d’être dans le corrosif de mes souvenirs inassouvis. Maintenant j’attends les joies de la magie de la ville brassée, à l’histoire perdue… Il n’y a que l’eau qui reste fraîche et encore, je n’ai pas toujours le courage de me débarbouiller… À votre énergie je reste miroitant, et tant soit la verve du fini, mes amis !

II.
Je suis sur la pente vertigineuse des jolies filles qui reconnaissent en moi une plaisante force. Jamais je n’ai entendu de mélancolie aussi modeste et je me promets de retenir ceci : que la drogue est dulcinée aux abysses de nos ressentis. Qui est cette discrétion qui me rend curieux ? Quand ce n’est pas l’or de la foule ce sont ces grandes lumières bleues. J’ai décidé de ne pas céder à l’ennui et ce fût facile. Qui est ce démon qui se joue moi ? Je patiente simplement pour ce quart de lune pastille bleue et l’avenir s’étend radieux : la foule calmée appelle la sympathie des Dieux. Rions encore une fois aux garçons qui épluchent ma réciprocité et des filles qui ne dansent qu’à moitié, de biais en biais.

III.
Ni les anges ni les mages ne s’imaginent les propositions délavées que la vie m’impose. C’est kamikaze d’écouter ces vies délacées et trébuchantes d’acceptance encastrée. Ne supportons plus les moratoires sur les personnes âgées. Être mort est tellement plus beau que de s’accompagner du passé alambiqué de nos rêves perdus, et je crois en la survivance de nos extravagances dans l’espace résonnant. Ne cédons pas aux bijoux de la durée, tant que rien ne dure plus que la rançon temporaire de l’inconnu… Pensons aux charbons qui ont tant brûlés dans les maisons ouvrières et la chicorée des courageux, sur lesquels danse aucune mémoire mais un certain atavisme… Paix aux avenirs amusés et amuse-gueules des tyrannies à venir !

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Trois Acidités

Duville

 

I.

Qui aurait cru notre rupture si assassine ?
Ma petite fraise des bois que je dulcine
Dont j’égaye les contraires de jeux absurdes :
Des tulipes turques puis des robes kurdes !

Mille enfants qu’on aurait eu ensemble,
Recréant le paradis perdu sur terre.
C’est la discorde nerveuse et j’en tremble.
Et nos pommes sont devenues des pommes de terre.

II.

Dans les timbres des trompettes de couleurs nouvelles
La sensation déversée d’être au bout d’un cycle
Qui n’a ni fil ni sens : un condensé conique
Avec dans sa pointe une conscience plus que rebelle

Quel sommeil adopté par un repos pareil ?
Une fatigue chronique jaillira nécessairement
Dans les minuscules muscles de cet appareil
D’où sort le tremblant surplomb d’éveil et d’argent.

III.

On communique grâce à des satellites en orbite,
Dans les rames réfrénées les langues se mélangent
Au gré des conversations téléphoniques.

Là-haut dans les espaces intergalactiques on s’agite :
Une sonde robotique vient de rendre visite à une comète
À quelques quarante-deux millions de kilomètres.

Je viens des Flandres et le réalise pleinement maintenant.
J’ai cette enfance, ces visites du dimanche, le couteau électrique,
La télévision, le thermos, les mouches et la nappe en plastique.

 

Duville