Lycamobile

– Allo l’Arabe qui vend des frangipanes ?
C’est Dionysos le chasseur de Toyota Corolla.
J’aimerai souscrire pour un brushing sauce Brazil.
D’accord demain aux vêpres sous la porte cochère.

Publicités
Lycamobile

Rue Henri Maubel

J’aime le calme

J’aime calmement reprendre le chemin du lent
J’aime revoir cet arbre, ce salon, ce balcon
J’aime revoir vos visages durables,
J’aime à aimer – même malades.

Parce qu’on est tous psychiquement instable
Parce qu’on est chic, parce qu’on est diable
Parce que c’est dur d’être l’étoile du Nord
Parce que chaque jour se susurre la mort,

Parce que l’on meurt.

Rue Henri Maubel

Aquarius

C’est une maison et un salon de lendemain de veille et le plancher est un chemin de terre : Des tâches noires, quelques crasses, mégots et capsules, pierre et faine,
Le collant d’alcool comme une boue de bière.

C’est un peu fantôme, un peu trouble, un peu comme un tout à l’heure à l’envers.
Il fait bon dehors – un soleil bleu d’automne.
(Le lustre doré reste une lumière artificielle)

Brosse dure, loque molle, seau d’eau, savon, rien ne récupérera ce sol
Les griffes et les traces sont incrustées comme l’Inconscient dans l’Homme.

C’est une maison et un salon de lendemain de veille et l’on est entrain de nettoyer,
Et l’on est pas entrain d’aider, et l’on est même pas caché.

Les canettes bleues et rouges et argentées sont recroquevillées dans des sacs poubelles;
Les bouteilles regroupées autour d’un seau retourné comme une armée en revue
devant un général : le rassemblement a quelque chose de sculptural.
Les différentes tailles – leurs verticales – du verre vert et brun et transparent, du verre qui ne sera plus jamais du sable et qui me paraît plutôt de Sel et d’Algues.

C’est une maison et un salon de lendemain de veille et la musique Brésilienne adoucit la peine de la saleté terne et je reste – profitant, amusé, amoureux, flottant, enchanté –
A vivre et à écrire et à voir et à penser.

Si cela me fatigue ?

Non, c’est une ivresse régulière, contenue, diffuse :
une lampe halogène brille dans mon corps et j’aime tout ce qui s’use.
Si cela m’est nécessaire ? Non, c’est un naturel de circonstance.
Je l’accepte comme un lever de  Lune en pleine Journée.

Aquarius

Suite de la Conquête, de la Déception Amoureuse et de la Création Poétique

I.

Loin, loin de moi, loin de moi ce reflet !
Juste la beauté du temps qui a érodé un visage,
Être tellement beau – qu’on en devient transparent,
Qu’il n’y ait que d’autres histoires dans la lumière jaune du soir,
Qui nous embrassent comme un homme une femme et nous pardonnent comme des pierres.

II.

Mal, j’ai mal, j’ai mal au coeur !
Comme mon corps se meurt d’être si plein de fatigue et d’amour
Je marche, mais je boîte, mais je meurs…
Ô cafés, ô cigarettes et tant de regards aux alentours :
La terrible barbarie d’être sûr de soi en veston suave

III.

Parle, je te parle, je te parle de moi !
Sans pleurs, sans hier, sans soir,
Comme le tram qui traverse le désert et s’arrête à la fontaine…
Et te voilà, sans peur, sans fard, sans terres,
Et tu t’annonces terrible comme un lendemain de joie.

IV.

Au bout, au bout du poème, au bout du poème des heures…
Je n’ai jamais consenti à être condescendant.
La critique me fait l’effet d’une salle de cinéma vide devant un film muet,
Je le jure, que je peux être l’amour d’un homme, d’un homme sans père,
Pour une femme sereine et sauvage.

V.

Tout, tout le plaisir, tout le plaisir est pour moi !
Si je me crois dans un film ? –  Peut-être.
Oui j’aime le travelling, les figurants et l’élégance.
Mes yeux, mes mains, vos marches, vos chiens, tes joues, ta vie
Ce métro pour un million, des poussettes pour des géants, un samedi sans télévision.

VI.

Grâce, grâce à quoi, grâce à quoi je tremble ?
Mais beaucoup de marches, de nages, de siestes,
Beaucoup de prières et beaucoup d’argent !
Assez pour une belle journée de bistrot en libraire en clochard.
Et demain ? Demain je retournerai marcher les villages sans charme.

Suite de la Conquête, de la Déception Amoureuse et de la Création Poétique

BRUXSEL

Que j’embrasse Bruxelles le matin de gare en gare, glissant le long du canal qui y pénètre… Et ce matin est limpide comme un matin en montagne et vivant comme un printemps à Rome. Forest-midi fulmine d’usine automobile et au loin j’aperçois une tâche blanche géométrique – l’Altitude 100.

La ville est vaporeuse – elle se réveille.

Ses toits étincellent comme la mer à Marseille et ce mur de brique rouge qu’est Sint-Jan-Berchmans crie « Belgique ! » à la Sainte-Chapelle, devenue sourde depuis le train Malines-Bruxelles. Et bientôt Sainte-Marie m’acclame – elle est rose de me voir si calme. Schaerbeek – tu restes belle femme, malgré les charmes que tu vitrines et les voiles qui s’y cachent.

Et puis Nord et sa légion des Flandres qui reconquit ses tours de verre, jour après bière. Quel est donc ce demi-tour qui s’opère si après Nord on se retrouve à Schumann ? Sans outrance, une courbe, polit quelques maisons au bord du chemin de fer, qui portent les effigies des jeunes gens qui ont enjambé une barrière. Schumann de marbre – avec ses airs de marches – agréable passe-passe de l’Europe Européenne.

Enfin Germoir – on est à Ixelles.

BRUXSEL