Pour en finir avec l’unité du sujet

Si nous voulons bien admettre la distinction entre concept et notion, et si nous sommes contraint d’user du langage philosophique pour chercher d’une façon logiquement cohérente l’unité du sujet, nous pouvons suivre le cheminement suivant.

L’unité du sujet ne saurait être une notion en tant que celle-ci se réfère non à des objets empiriques mais à des contenus intellectuels. L’unité du sujet, cet à dire, ce qui dans un schéma intellectuel doit servir de pierre angulaire à toute réflexion concernant la façon d’être sujet dans le monde, doit être un concept.

Nous percevons comme plus grand réceptacle d’unité subjective notre corps et notre esprit. Cette distinction, bien que millénaire, ne saurait être dépassée par une notion, quelle qu’elle soit. Nous sommes, de par la nature contradictoire du langage, son impossibilité à décrire le sujet dans le monde d’une manière totale et immédiate, contraint d’user d’une fragmentation de la réalité en ses composants les plus pratiques pour la formation de schémas conceptuels.

Ces schémas conceptuels nous permettent de nous placer de la manière la plus efficace possible dans nos destinées. Elles ne sont que des échafaudages pour la construction de nos destins. Nous concevons donc l’unité du sujet dans l’esprit et dans le corps. Ces deux entités, bien que perçue distinctement par la raison, ne sont que les deux faces de notre unité subjective. Elles sont interdépendantes et ce que l’un éprouve, l’autre l’éprouve.

Il n’y a pas de reste. Le reste se trouve uniquement dans le retard de la pensée conceptuelle sur le vivant infini de la réalité.

Or commençons par examiner le corps : nous possédons un corps qui nous confère une unité. Quelle est l’espèce essentielle du corps qui peut servir d’unité subjective à tout sujet ? Retranchons les bras, les jambes, les yeux. Nous restons un corps. Retirez l’esprit – nous sommes encore un corps, mais un corps pour ainsi dire mort d’une certaine façon. Ce qui fait le corps réellement est son souffle. Nous sommes des corps respirants.

C’est ce qui reste d’unité dans la perception du corps comme objet. Certes un corps sans un esprit n’est plus un sujet, n’est plus un corps. Mais à savoir ce qui reste d’esprit dans un corps comateux par exemple est un sujet qu’on ne pourra jamais trancher. Le papillon et le scaphandre en est un exemple édifiant.

Examinons maintenant l’esprit : nous possédons un esprit qui nous confère une unité de sujet. Quelle est l’espèce essentielle de l’esprit. Qu’est-ce qui dans l’esprit confère réellement une unité du sujet ? Dirons nous les pensées ? Elles s’en vont et s’en viennent. Dirons nous les sentiments ? Ils s’en vont et s’en viennent. Tous ces objets mentaux sont des traitements de l’esprit sur des données du corps. Ce qui confère à l’esprit son unité et ce qui lui est essentiel c’est l’objet mental ‘esprit’ dans l’esprit. C’est ce qu’on appelle la conscience. La conscience est l’élément essentiel de l’unité subjective du point de vue l’esprit.

Or comme le langage philosophique et ses constructions nous poussent à séparer ces deux entités, réunissons les comme nous juxtaposons les nombres pour en tirer une somme :

l’unité du sujet est une conscience qui respire.

Autrement dit l’humain est un animal fumeur ou non-fumeur.

 

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Pour en finir avec l’unité du sujet