Trying Hapiness II

Être un poème qui marche
Cligner des paupières comme pour laisser tomber une poussière
Des choses simples qu’il fallût que je notasse
Aller saluer les amis-marginaux de la place Sainte Catherine
La beauté d’un billet de cinq euro déchiffonné
Un sac en plastique bleu au pied d’un buisson vert sous un lampadaire la nuit
Être regardé avec admiration par un enfant Indien
Un gitan couché sur des cartons comme à la plage sur la rue Neuve
Le gothique qui fait de la dentelle sur le ciel bleu.
Un couple d’Afro-Américain ou d’Afropéen qui admire une façade Art-Nouveau
La couleur turquoise des vieilles statues du jardin Botanique
Désirer une musulmane langoureusement drapée de voiles multicolores et soyeux
Voir un chien et le trouver rigolo
Des Kazakhsthanais qui vendent des souvenirs kitschs de Bruxelles
La sueur aigre d’un alcoolique dans le métro
Des palmiers à la Bourse le premier Novembre dans la grisaille la plus totale
Les voyages audiovisuels
La signification philosophico-vitale de l’aventure tropico-normale
Apprendre à être anonyme
Trouver des tickets de métro Parisien à Bruxelles

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Trying Hapiness II

sans titre

J’aide les génies dans leurs allées
Je m’appelais déjà Karnak sur World of Warcraft
Comme l’antique complexe de Temples en Égypte
Je vois des pharaons dans les chats

Des jolies filles que j’ai plein de fois promené
Dans la multiple et cyclique réalité de ma Chine
C’était médiocre mais le métro m’a bien aidé
À déchiffrer les regards arabes et les racines
Des africains qui étaient malades ou illuminés
J’ai vu des prudes slaves aux foulards suaves
J’ai vu des ouvriers Polonais qui se battaient
J’ai vu des Japonais éperdus et Technicolor
But I’ve never seen these so-called Americans.

J’ai découvert Apollinaire dans les toilettes bouddhiques
191 Avenue des Volontaires
Et aujourd’hui je ne regrette rien
Plus rien ni même de venir aimer la ville avec des ailes.

sans titre

Les amis disparus

Les poètes font pour nous ce travail cathédrale
D’être toujours parti et d’être toujours pleurant
Devin lubrique langoureux et malade mental,

Ils réalisent les bons et les mauvais instincts,
Puis les publient comme par enchantement
Leurs chants finissent dans des livres éteints.

Eux ils sont purs et forts et surtout déjà morts,
Tout leur est permis ils n’ont plus de logement,
plus de dettes, plus d’amis, plus de peur de la mort.

Après ils s’entassent ou s’immiscent avec fantaisie
Dans l’histoire magique des temps présents :
Justifiant le noir nous buvons la cire des bougies.

 

Les amis disparus

Un jeu traditionnel populaire

J’aimerai en permanence avoir un dictionnaire à mes côtés
Pour mieux comprendre les mots dans les toilettes de mes copains
Sur les slogans au bout de ma langue et dans les chansons de mon subconscient

Par exemple : mât de cocagne – était-ce une expression burlesque ? –
Oh! Je serais tellement riche de signification et tellement encyclopédique
Que même Emmanuel Macron me ferait boire du vin qu’il a dans sa cave à l’Élysée

Même que je couperais la parole à son sommelier pendant le dîner
Car moi aussi j’ai un vocabulaire gastronomique et des antécédents vinicoles
Et que très franchement je me permettrais bien d’être un petit peu anti-protocole

Je pourrais pour tout ça il est vrai employer un téléphone tactile
J’en perdrais les pommettes les cheveux le front et les yeux de mes auditeurs
Perdue la présence princière du silence qui n’a de gloire que dans l’intelligence altière

Puis les significations sur Internet n’ont ni de poids ni de touché
Elles sont certes plus précises avec les synonymes et les anagrammes et l’étymologie
Elles leurs manquent les belles illustrations et le hasard de la page pleine d’homophones

Un jeu traditionnel populaire

Le Flamand Noir

J’en ai marre de la BELGIQUE,

J’en ai marre de ses gares
J’en ai marre de ses trains
J’en ai marre de ses gaufres
J’en ai marre de ses frites,
J’en ai marre de ses arabes alcooliques,
J’en ai marre de son flamand approximatif
J’en ai marre du roi Philippe
J’en ai marre de la reine Mathilde
J’en ai marre de ses voitures de pauvres riches,
J’en ai marre de ses travaux soviétiques,
J’en ai marre de recoller les pots cassés,
J’en ai marre de ne pouvoir les réparer,
J’en ai marre de la débauche
J’en ai marre de l’embauche
J’en ai marre de sa politique apolitique,
J’en ai marre de sa ville

J’en ai marre de CALIXTE DUVILLE

 

Le Flamand Noir

Le Mauvais Poète

Albin est une chanson, Albin est un tango
Albin est Charlie, Albin est Bravo
Albin est merci, Albin est pardon
Albin je t’aime, Albin du Quesne.

J’ai rencontré Albin dans l’automne anglais de mon adolescence,
C’était dans un vieux café Belge rue des Tongres un bon dimanche,
Je revenais de chez ma grand-mère qui habite en Flandres de France,
Il y avait Matthias et Alexandra celle qui aimait bien hocher des hanches.

Il y avait des tables dans la fumée et du velours sur les chaises
La serveuse était probablement roumaine, bulgare ou polonaise,
Je commandais une blonde pour moi-même et une autre pour la peine,
Il était question des paraboles du Christ sur les vierges qui veillaient à peine.

Ses Pall Mall étaient longues et son pain blanc coupé en tranche,
Celui qui se faisait appeler Napoléon venait dans le café faire sa ronde,
Et même le caniche se tut quand il fut promptement ramener au monde,
Par un cri de fureur qui aurait figé le sermon d’un évangéliste le dimanche.

On partit chercher de l’alcool au White Night de Montgomery,
Prîmes juste assez pour ne plus avoir de pièces de monnaie en poche,
Dans son atelier il y avait une table longue et des chaises pour nos esprits,
Et partout il y avait des portraits de jeunes fantômes éclairés à la lampe de poche.

Quand il s’effondrait par terre rejoint par la discrète Dorothée,
Matthias le pirate, mon portrait et moi prenions le large pour improviser
Je le perdais un peu plus tard car suite aux verres d’alcools j’étais trop déchiré,
Nous titubions comme des matelots qui auraient survécus à une tempête adorée.

Je l’ai cherché pendant l’hiver qui suivît je me le rappelle encore,
J’étais à Sainte-Catherine pavée malgré son marché de Noël pour mort,
Avec une princesse blonde qui portait des caches-oreilles blanc neige – Salomé,
Elle était bourgeoise d’une variante de beige comme toutes les filles qui m’ont renié.

Maintenant Albin est un ami, un collègue et presque un père,
Quand on se rencontre on prend un café ou bien une cannette de bière,
Qui coûtent peu chère chez le Portugais cognac en face du bar branché Le Tigre,
Ou chez le Pakistanais aux canettes colorées et samosas qui de néon en néon émigre.

Il m’offre une pièce Anglaise, une bague ou une écharpe magique,
On parle de lions de léopards de lys Oh! toute l’héraldique numismatique,
On s’amuse avec les militaires parce que les pauvres n’ont pas de menottes,
On se regarde droit dans les yeux on s’esclaffe on se donne des répliques idiotes.

Je pense que nous sommes nécessaires mais je crains le pire,
Même les Arabes du bled nous sourient comme des dattes blettes,
Un enfant s’est arrêté pour nous regarder et apprendre à mieux grandir,
Les jolies filles s’électrisent comme des biches sylvestres face à une menace directe.

Albin est une chanson, Albin est un tango
Albin est Charlie, Albin est Bravo
Albin est merci, Albin est pardon
Albin je t’aime, Albin du Quesne.

Le Mauvais Poète