ALBIN

Albin est une chanson, Albin est un tango
Albin est Charlie, Albin est Bravo
Albin est merci, Albin est pardon
Albin je t’aime, Albin du Quesne.

J’ai rencontré Albin dans l’automne anglais de mon adolescence,
C’était dans un vieux café Belge rue des Tongres un bon dimanche,
Je revenais de chez ma grand-mère qui habite en Flandres de France,
Il y avait Matthias et Alexandra celle qui aimait bien hocher des hanches.

Il y avait des tables dans la fumée et du velours sur les chaises
La serveuse était probablement roumaine, bulgare ou polonaise,
Je commandais une blonde pour moi-même et une autre pour la peine,
Il était question des paraboles du Christ sur les vierges qui veillent à peine.

Ses Pall Mall étaient longues et son pain blanc coupé en tranche,
Celui qui se faisait appeler Napoléon venait dans le café faire sa ronde,
Et même le caniche se tut quand il fut promptement ramener au monde,
Par un cri de fureur qui aurait figé le sermon d’un évangéliste le dimanche.

On partit chercher de l’alcool au White Night de Montgomery,
Prîmes juste assez pour ne plus avoir de pièces de monnaie en poche,
Dans son atelier il y avait une table longue et des chaises pour nos esprits,
Et partout il y avait des portraits de jeunes fantômes éclairés à la lampe de poche.

Quand il s’effondrait par terre rejoint par la discrète Dorothée,
Matthias le pirate, mon portrait et moi prenions le large pour improviser
Je le perdais un peu plus tard car suite aux verres d’alcools j’étais trop déchiré,
Nous titubions comme des matelots qui auraient survécus à une tempête adorée.

Je l’ai cherché pendant l’hiver qui suivît je me le rappelle encore,
J’étais à Sainte-Catherine voilée malgré son marché de Noël pour mort,
Avec une princesse blonde qui portait des caches-oreilles blanc neige – Salomé,
Elle était bourgeoise d’une variante de beige comme toutes les filles qui m’ont renié.

Maintenant Albin est un ami, un collègue et presque un père,
Quand on se rencontre on prend un café ou bien une cannette de bière,
Qui coûtent peu chère chez le Portugais café-goute en face du bar Le Tigre,
Ou chez le Pakistanais aux canettes colorées et samosas qui de néon en néon émigre.

Il m’offre une pièce Anglaise, une bague ou une écharpe magique,
On parle de lions de léopards de lys Oh! toute l’héraldique numismatique,
On s’amuse avec les militaires parce que les pauvres n’ont pas de menottes,
On se regarde droit dans les yeux on s’esclaffe on se donne des répliques idiotes.

Je pense que nous sommes nécessaires mais je crains le pire,
Même les Arabes du bled nous sourient comme des dattes blettes,
Un enfant s’est arrêté pour nous regarder et apprendre à mieux grandir,
Les jolies filles s’électrisent comme des biches sylvestres face à une menace directe.

Albin est une chanson, Albin est un tango
Albin est Charlie, Albin est Bravo
Albin est merci, Albin est pardon
Albin je t’aime, Albin du Quesne.

ALBIN

La Marocaine

Ce n’est pas la digue à Casa c’est un café à Diegem,

Dans l’absurdité formelle de l’administration belge
Elle lessive son voile brun sous la bruine de la ville,
Elle promène son regret de soleil sur le trottoir,
Et s’en pardonne les lents sommeils de la ruelle.

Ce n’est pas l’appel d’Allah c’est une sonnette De Lijn.

 

La Marocaine

TRAM 51

Loin, loin de moi, loin de moi ce reflet !
Juste la beauté du temps qui a érodé un visage,
Être tellement beau – qu’on en devient transparent,
Qu’il n’y ait que d’autres histoires dans la lumière jaune du soir,
Qui nous embrassent comme un homme une femme et nous pardonnent comme des pierres.

Mal, j’ai mal, j’ai mal au coeur !
Comme mon corps se meurt d’être si plein de fatigue et d’amour
Je marche, mais je boîte, mais je meurs…
Ô cafés, ô cigarettes et tant de regards aux alentours :
La terrible barbarie d’être sûr de soi en veston suave.

Parle, je te parle, je te parle de moi !
Sans pleurs, sans hier, sans soir,
Comme le tram qui traverse le désert et s’arrête à la fontaine…
Et te voilà, sans peur, sans fard, sans terres,
Et tu t’annonces terrible comme un lendemain de joie.

Au bout, au bout du poème, au bout du poème des heures…
Je n’ai jamais consenti à être condescendant.
La critique me fait l’effet d’une salle de cinéma vide devant un film muet,
Je le jure, que je peux être l’amour d’un homme, d’un homme sans père,
Pour une femme sereine et sauvage.

Tout, tout le plaisir, tout le plaisir est pour moi !
Si je me crois dans un film ? –  Peut-être.
Oui j’aime le travelling, les figurants et l’élégance.
Mes yeux, mes mains, vos marches, vos chiens, tes joues, ta vie
Ce métro pour un million, des poussettes pour des géants, un samedi sans télévision.

Grâce, grâce à quoi, grâce à quoi je tremble ?
Mais beaucoup de marches, de nages, de siestes,
Beaucoup de prières et beaucoup d’argent !
Assez pour une belle journée de bistrot en libraire en clochard.
Et demain ? Demain je retournerai marcher les villages sans charme.

TRAM 51

ACTRESS

Bain sombre de la musique électronique
Lumière mauve qui illumine les regards

Dans ta distance adossée, ma sereine,
Suave, arabe, bougie noire,
J’étale la liberté de n’être qu’une
Extase, qui revient ivre, voir
Les paupières beiges, les lèvres closes,
Tes velours de peaux perle-ivoires.

Toute l’étendue de ton indépendance
Dans ta robe de nuit de fatigue du soir

ACTRESS

Bruxellensis

C’est une maison un salon de lendemain de veille et le plancher est chemin de terre
Des tâches noires, quelques crasses, mégots et capsules = pierre et faine,
Le collant d’alcool comme une boue de bière.
C’est un peu fantôme, un peu trouble, un peu comme un tout à l’heure à l’envers.

Il fait bon dehors… = un soleil bleu d’automne,
Le lustre doré reste une lumière artificielle.
Brosse dure, loque molle, seau d’eau, savon,
Rien ne récupérera ce sol

Les griffes et les traces sont incrustées comme l’inconscient dans l’homme.

C’est une maison un salon de lendemain de veille et l’on est entrain de nettoyer
Et l’on est pas entrain d’aider, et l’on est même pas caché…

Le rassemblement a quelque chose de sculptural.

Les canettes bleues et rouges et argentées sont recroquevillées dans des sacs poubelles.
Les bouteilles regroupées comme une armée en revue devant un général.

Si cela me fatigue ?

Non, c’est une ivresse régulière, contenue, diffuse,
Une lampe halogène brille dans mon corps… = j’aime tout ce qui s’use.
Si cela m’est nécessaire ? Non, c’est un naturel de circonstance.
Je l’attrape comme un lever de lune en plein soleil.

C’est une maison et un salon de lendemain de veille
La musique brésilienne adoucit la peine de la saleté terne
Et je reste = profitant, amusé, amoureux, flottant, enchanté,
À vivre et à écrire et à voir et à penser.

Bruxellensis